Publié dans communication, langage, société, trucs, conseils et astuces

Changer de vocabulaire pour mieux prendre sa place

Je présente aujourd’hui un sujet différent qu’à l’habitude. Je veux aborder la question du langage employé dans la vie courante, et son impact sur l’image que nous avons de nous-mêmes, à la fois comme individu que comme collectivité.

On entend souvent [les Québécois] dire que Les Québécois ont un problème avec l’argent. Pourquoi dit-on cela? Et pourquoi serait-ce le cas? Est-ce un état de fait immuable?

Eh bien, voici quelques pistes de réflexion :

  • D’abord, répéter constamment cette affirmation sert-il à autre chose qu’à renforcer cette idée dans l’inconscient collectif?
  • Ensuite, que pensez-vous de l’idée qu’un vocabulaire pauvre perpétue la pauvreté?
  • Enfin, notre manière de parler, souvent à la négative, serait-elle un frein à l’épanouissement des uns et des autres?

J’aimerais vous inviter à réfléchir sur ce troisième point en vous proposant trois exemples.

D’abord, les Québécois utilisent souvent le couple ne pas. Par exemple, l’éternel C’est pas pire pour dire C’est bien, ou encore Pas de trouble! pour Tout le plaisir est pour moi! On emploie aussi les expressions ne plus ou encore ne jamais. Quel est cette manie de présenter le positif avec deux négatifs?

Ensuite, il y aussi les mots réducteurs comme rienpetit et un peu… et même misère qui reviennent souvent! Par exemple, lorsque quelqu’un nous remercie, on dit aussi : Il y a rien là! Quand on sort, on prend un petit café, on parle à une petite madame… Même le quêteux demande un t’petit peu de monnaie!

D’ailleurs, quel est le plus grand succès de la télévision québécoise? Eh oui! La petite vie! Quant à demander un peu plus que tout simplement plus, s’en défaire, on a de la misère avec ça. Au-delà de l’anecdote, il y a selon moi des tics bien ancrés dans la langue qui renvoient à la petitesse et à la pauvreté.

Enfin, les Québécois se plaignent souvent que les choses se perpétuent (pour ne pas dire « ne changent jamais »). Plus ça change, plus c’est pareil, dit-on constamment. Par exemple, on emploie souvent le mot « encore » pour ponctuer notre vie de nos lamentations. Le mot « encore » est-il condamné à signifier autre chose que « plus »?

Y a-t-il moyen de s’en sortir? Je crois que oui. Plutôt que répéter constamment (et perpétuer le mythe) que Les Québécois ont un problème avec l’argent, que pensez-vous de l’idée de proposer à chacun de prendre sa vie en main, en changeant d’abord sa manière de s’exprimer?

Voici des exemples que j’ai trouvés, que je vous invite à compléter avec vos commentaires, au bas de l’article. En faisant l’exercice, je me suis rendu compte que nous aurions tout avantage à enrichir notre vocabulaire avec des mots qui expriment plus justement la réalité, et qui sont positifs, plutôt qu’en répétant plusieurs mots négatifs. Enfin, plusieurs expressions mettent l’emphase sur le Je, exprimant la responsabilité.

Expression courante (formule négative)
Expression positive
Exemple
ne pas…
ne plus…
ne jamais…
(mot positif ou neutre, ou encore un question) Je n’ai pas dit ça!Est-ce que j’ai dit ça? / Il me semble que j’ai dit autre chose.

Ce n’est pas bête! → C’est une bonne idée!

Je n’ai plus faim. → J’ai bien mangé. / Mon ventre est plein.

Je n’aurais jamais imaginé que… → Je suis stupéfait que… / Ça me renverse que… / Je suis sous le choc quand j’entends que…

un petit peu
un peu
petit
(s’abstenir de l’utiliser, ou spécifier la quantité, si nécessaire) Prendriez-vous un petit café? / Encore un peu de café? → Aimeriez-vous un bon café? / D’autre café?

Un petit peu. → Disons, un centimètre.

C’est un peu bizarre, non? → Personnellement, je trouve ça bizarre.

Il y a peu de chances que… → Ça me surprendrait que…

encore (souvent négatif) (autre expression neutre, question) Il est encore en retard! → Je me demande où il est en ce moment. / Que pourrions-nous faire, en attendant qu’il arrive?

Pas encore de la neige! → Eh bien, il neige à nouveau aujourd’hui…

Mon boss veut encore que je travaille tard… → Je trouve que mon patron est exigent. Il me demande souvent de travailler tard.

Ce sont là des propositions, qui peuvent être enrichies et soignées davantage. D’ailleurs, je remercie d’avance les érudits de la langue de me confirmer ou infirmer que les phrases que j’ai suggérées ci-haut sont écrites en bon français. Je vous propose un dicton : Pour protéger sa langue, il faudrait commencer par soigner son langage!

En passant, j’ai commencé à mettre en pratique cette manière de présenter les choses, en mettant l’emphase sur les mots positifs et les expressions positives dans mon article. L’aviez-vous remarqué? Comment avez-vous aimé votre lecture?

Félix Arseneau

Auteur :

Expert en organisation et en gestion de l'information.

5 commentaires sur « Changer de vocabulaire pour mieux prendre sa place »

  1. Je connais des gens qui ont une attitude négative, mais je n’avais jamais remarqué que l’on pouvait être si négatif dans nos expressions. Vos exemples sont excellents. Pourquoi choisir « Ce n’est pas bête » au lieu de dire simplement « C’est une bonne idée »? Et je suis la première à utiliser ces expressions. Avons-nous peur de faire des compliments? Je crois que je vais être un peu plus attentive dans mes paroles et écrits.

    1. Depuis que j’ai écrit cet article, je me reprends presque toujours lorsque j’emploie une formule négative, et ce, que ce soit à l’oral ou à l’écrit. C’est devenu de plus en plus naturel et automatique, à force de faire l’exercice.

      À chaque fois que je m’aperçois que j’ai utilisé « ne pas/plus/jamais », je me demande : « Comment aurais-je pu le formuler positivement? » Jusqu’ici, j’ai toujours réussi à trouver une autre façon de le dire, sans trahir le sens d’origine. Souvent, ça se dit tout simplement mieux quand c’est positif!

      Je remarque aussi plus souvent les expressions négatives des autres. Celle que j’entends le plus, c’est « Il n’y a pas de problème », au lieu de « C’est parfait ». Bien sûr, d’autres formules existent pour remplacer cette expression, selon le contexte.

      Merci pour votre commentaire. Par contre, je me sens désormais obligé de vous dire que vous avez utilisé l’expression « je n’avais jamais remarqué que… » alors que vous auriez pu dire quelque chose comme « c’est la première fois que je remarque notre tendance à être négatif… » ou « cette tendance à utiliser le négatif dans nos expressions avait complètement passé sous mon radar… » Comment trouvez-vous ces expressions?🙂

      1. Je dois avouer que vous êtes fort!😉 La pratique surement! C’est ce que je disais, je suis la première à les utiliser sans m’en rendre compte! Merci de l’avoir porté à mon attention.

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